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turquoise Administrateur

  Age : 42 Inscrit le : 23 Fév 2005 Messages : 598 Localisation : Yverdon, Suisse
 | Sujet: Poèmes de tous genres Jeu 18 Aoû - 14:53 | |
| Voici des poèmes que j'ai découvert récemment et je voudrais les partager avec vous, je les trouve de toute beauté !
René-François SULLY PRUDHOMME (1839-1907) (Recueil : Les vaines tendresses
Aux amis inconnus Ces vers, je les dédie aux amis inconnus, A vous, les étrangers en qui je sens des proches, Rivaux de ceux que j'aime et qui m'aiment le plus, Frères envers qui seuls mon coeur est sans reproches Et dont les coeurs au mien sont librement venus.
Comme on voit les ramiers sevrés de leurs volières Rapporter sans faillir, par les cieux infinis, Un cher message aux mains qui leur sont familières, Nos poèmes parfois nous reviennent bénis, Chauds d'un accueil lointain d'âmes hospitalières.
Et quel triomphe alors ! Quelle félicité Orgueilleuse, mais tendre et pure, nous inonde, Quand répond à nos voix leur écho suscité, Par delà le vulgaire, en l'invisible monde Où les fiers et les doux se sont fait leur cité !
Et nous la méritons, cette ivresse suprême, Car si l'humanité tolère encor nos chants, C'est que notre élégie est son propre poème, Et que seuls nous savons, sur des rythmes touchants, En lui parlant de nous lui parler d'elle-même.
Parfois un vers, complice intime, vient rouvrir Quelque plaie où le feu désire qu'on l'attise ; Parfois un mot, le nom de ce qui fait souffrir, Tombe comme une larme à la place précise Où le coeur méconnu l'attendait pour guérir.
Peut-être un de mes vers est-il venu vous rendre Dans un éclair brûlant vos chagrins tout entiers, Ou, par le seul vrai mot qui se faisait attendre, Vous ai-je dit le nom de ce que vous sentiez, Sans vous nommer les yeux où j'avais dû l'apprendre.
Vous qui n'aurez cherché dans mon propre tourment Que la sainte beauté de la douleur humaine, Qui, pour la profondeur de mes soupirs m'aimant, Sans avoir à descendre où j'ai conçu ma peine, Les aurez entendus dans le ciel seulement ;
Vous qui m'aurez donné le pardon sans le blâme, N'ayant connu mes torts que par mon repentir, Mes terrestres amours que par leur pure flamme, Pour qui je me fais juste et noble sans mentir, Dans un rêve où la vie est plus conforme à l'âme !
Chers passants, ne prenez de moi-même qu'un peu, Le peu qui vous a plu parce qu'il vous ressemble ; Mais de nous rencontrer ne formons point le voeu : Le vrai de l'amitié, c'est de sentir ensemble ; Le reste en est fragile, épargnons-nous l'adieu.
_________________ La plus grande vérité qu'on puisse apprendre un jour est qu'il suffit d'aimer et de l'être en retour |
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 | Sujet: Re: Poèmes de tous genres Jeu 18 Aoû - 14:56 | |
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Bonaventure de FOURCROY (1610-1691)
L'homme libre
Je me ris des honneurs que tout le monde envie, Je méprise des grands le plus charmant accueil, J'évite les palais comme on fait un écueil Où pour peu de sauvés mille ont perdu la vie.
Je fuis la cour des rois autant qu'elle est suivie, Le Louvre me paraît un funeste cercueil, La pompe qui le suit, une pompe de deuil Où chacun va pleurant sa liberté ravie.
Loin de ce grand écueil, loin de ce grand tombeau, En moi-même, je trouve un empire plus beau ; Rois, cour, honneurs, palais, tout est en ma puissance.
Pouvant ce que je veux, voulant ce que je puis, Je tiens tout sous la loi de mon indépendance. Enfin les rois sont rois : je suis ce que je suis.
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 | Sujet: Re: Poèmes de tous genres Jeu 18 Aoû - 14:58 | |
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Clément MAROT (1497-1544) (Recueil : L'Adolescence clémentine)
Quand j'ai pensé en vous, ma bien-aimée
Quand j'ai pensé en vous, ma bien-aimée, Trouver n'en puis de si grande beauté : Et de vertu seriez plus estimée, Qu'autre qui soit, si n'était cruauté. Mais pour vous aimer loyaument J'ai récompense de tourment : Toutefois quand il vous plaira, Mon mal par merci finira.
Dès que mon oeil aperçut votre face, Ma liberté du tout m'abandonna, Car mon las coeur, espérant votre grâce, De moi partit, et à vous se donna. Or s'est-il voulu retirer En lieu dont ne se peut tirer, Et vous a trouvée sans si, Fors qu'êtes Dame sans merci.
Votre rigueur veut doncques que je meure, Puisque pitié votre coeur ne remord. Si n'aurez-vous (de ce je vous asseure) Los ni honneur de si cruelle mort : Car on ne doit mettre en langueur Celui qui aime de bon coeur : Trop est rude à son ennemi, Qui est cruel à son ami.
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 | Sujet: Re: Poèmes de tous genres Jeu 18 Aoû - 15:00 | |
| Eustorg de BEAULIEU (1505-1552)
Chanson sur le temps présent
Le temps n'est plus tel comme il voulait être Loyale amour ne règne qu'en écus, Foi est malade, on sert le dieu Bacchus Et les brebis font plusieurs moutons paître.
L'église a mis la tête hors du chevêtre, Vérité dort, faveur tient droit reclus, Justice est morte et ne s'en parle plus, Et charité ne vient point comparaître.
Tous les bienfaits se sont allés remettre En Paradis où seront mieux repus, Mais leur absence a les gens corrompus Si très avant qu'on n'y peut ordre mettre.
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 | Sujet: Re: Poèmes de tous genres Jeu 18 Aoû - 15:02 | |
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Jean de LA FONTAINE (1621-1695) (Recueil : Les Fables)
La Fortune et le jeune Enfant
Sur le bord d'un puits très profond Dormait étendu de son long Un Enfant alors dans ses classes. Tout est aux Ecoliers couchette et matelas. Un honnête homme en pareil cas Aurait fait un saut de vingt brasses. Près de là tout heureusement La Fortune passa, l'éveilla doucement, Lui disant : Mon mignon, je vous sauve la vie. Soyez une autre fois plus sage, je vous prie. Si vous fussiez tombé, l'on s'en fût pris à moi ; Cependant c'était votre faute. Je vous demande, en bonne foi, Si cette imprudence si haute Provient de mon caprice. Elle part à ces mots. Pour moi, j'approuve son propos. Il n'arrive rien dans le monde Qu'il ne faille qu'elle en réponde. Nous la faisons de tous Echos. Elle est prise à garant de toutes aventures. Est-on sot, étourdi, prend-on mal ses mesures ; On pense en être quitte en accusant son sort : Bref la Fortune a toujours tort.
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 | Sujet: Re: Poèmes de tous genres Jeu 18 Aoû - 15:07 | |
| Jules BARBEY D'AUREVILLY (1807-1889) (Recueil : Poussières)
Oh ! pourquoi voyager ?
Oh ! pourquoi voyager ? as-tu dit. C'est que l'âme Se prend de longs ennuis et partout et toujours ; C'est qu'il est un désir, ardent comme une flamme, Qui, nos amours éteints, survit à nos amours ! C'est qu'on est mal ici ! - Comme les hirondelles, Un vague instinct d'aller nous dévore à mourir ; C'est qu'à nos coeurs, mon Dieu ! vous avez mis des ailes. Voilà pourquoi je veux partir !
C'est que le coeur hennit en pensant aux voyages, Plus fort que le coursier qui sellé nous attend ; C'est qu'il est dans le nom des plus lointains rivages Des charmes sans pareils pour celui qui l'entend ; Irrésistible appel, ranz des vaches pour l'âme Qui cherche son pays perdu - dans l'avenir ; C'est fier comme un clairon, doux comme un chant de femme. Voilà pourquoi je veux partir !
C'est que toi, pauvre enfant, et si jeune et si belle, Qui vivais près de nous et couchais sur nos coeurs, Tu n'as pas su dompter cette force rebelle Qui nous jeta vers toi pour nous pousser ailleurs ! Tu n'as plus de mystère au fond de ton sourire, Nous le connaissons trop pour jamais revenir ; La chaîne des baisers se rompt, - l'amour expire... Voilà pourquoi je veux partir !
En vain, tout en pleurant, la femme qui nous aime Viendrait à notre épaule agrafer nos manteaux, Nous resterions glacés à cet instant suprême ; A trop couler pour nous des pleurs ne sont plus beaux. Nous n'entendrions plus cette voix qui répète : " Oh ! pourquoi voyager ? " dans un tendre soupir, Et nous dirions adieu sans retourner la tête. Voilà pourquoi je veux partir !
Oh ! ne m'accuse pas ; accuse la nature, Accuse Dieu plutôt, - mais ne m'accuse pas ! Est-ce ma faute, à moi, si dans la vie obscure Mes yeux ont soif de jour, mes pieds ont soif de pas ? Si je n'ai pu rester à languir sur ta couche, Si tes bras m'étouffaient sans me faire mourir, S'il me fallait plus d'air qu'il n'en peut dans ta bouche... Voilà pourquoi je veux partir !
Pourquoi ne pouvais-tu suffire à ma pensée Et tes yeux n'être plus que mes seuls horizons ? Pourquoi ne pas cacher ma tête reposée Sous les abris d'or pur de tes longs cheveux blonds ? Comme la jeune épouse endormie à l'aurore, La fleur d'amour, comme elle, au soir va se rouvrir... Mais si l'amour n'est plus, pourquoi de l'âme encore ? Voilà pourquoi je veux partir !
Tu ne la connais pas, cette vie ennuyée, Lasse de pendre au mât, avide d'ouragan. Toi, tu restes toujours, sur ton coude appuyée, A voir stagner la tienne ainsi qu'un bel étang. Restes-y ! Mon amour fut l'ombre d'un nuage Sur l'étang ; - le soleil y reviendra frémir ! Tu ne garderas pas trace de mon passage... Voilà pourquoi je veux partir !
Ô coupe de vermeil où j'ai puisé la vie, Je ne t'emporte pas dans mon sein tout glacé ! Reste derrière moi, reste à demi remplie, Offrande à l'avenir et débris du passé. Je peux boire à présent, sans que trop il m'en coûte, Un breuvage moins doux et moins prompt à tarir, Dans le creux de mes mains, aux fossés de la route... Voilà pourquoi je veux partir !
Mais, si c'est t'offenser que partir, oh ! pardonne ; Quoique de ces douleurs dont tu n'eus point ta part, Rien, hélas ! (et pourtant autrefois tu fus bonne !) Ne saurait racheter le crime du départ. Pourquoi t'associerais-je à mon triste voyage ? Lorsque tu le pourrais, oserais-tu venir ? Plus sombre que Lara, je n'aurai point de page... Voilà pourquoi je veux partir !
Et qu'importe un pardon ! - Innocent ou coupable, On n'est jamais fidèle ou parjure à moitié ; Le coeur, sans être dur, demeure inébranlable, Et l'oubli lui vaut mieux qu'une vaine pitié. Ah ! l'oubli ! quel repos quand notre âme est lassée ! Endors-toi dans ses bras, sans rêver ni souffrir... Je ne veux rien de toi... pas même une pensée ! Voilà pourquoi je veux partir !
Car il est, tu le sais, ô femme abandonnée, Un voyageur plus vieux, plus sans pitié que moi, Et ce n'est pas un jour, quelques mois, une année, Mais c'est tout qu'il doit prendre, aux autres comme à toi ! Tel que des épis d'or sciés d'un bras avide, Il prend beauté, bonheur, et jusqu'au souvenir, Fait sa gerbe et s'en va du champ qu'il laisse aride... Voilà pourquoi je veux partir !
Oui ! partir avant lui, partir avant qu'il vienne ! Te laisser belle encor sous tes pleurs répandus, Ne pas chercher ta main qui froidit dans la mienne, Et, sous un front terni, tes yeux, astres perdus ! N'eût-on que le respect de celle qui fut belle Il faudrait s'épargner de la voir se flétrir, Puisque Dieu ne veut pas qu'elle soit immortelle ! Voilà pourquoi je veux partir !
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 | Sujet: Re: Poèmes de tous genres Jeu 18 Aoû - 22:42 | |
| Louise ACKERMANN (1813-1890) (Recueil : Poésies philosophiques
DERNIER MOT
Un dernier mot, Pascal ! À ton tour de m'entendre Pousser aussi ma plainte et mon cri de fureur. Je vais faire d'horreur frémir ta noble cendre, Mais du moins j'aurai dit ce que j'ai sur le coeur.
À plaisir sous nos yeux lorsque ta main déroule Le tableau désolant des humaines douleurs, Nous montrant qu'en ce monde où tout s'effondre et croule L'homme lui-même n'est qu'une ruine en pleurs, Ou lorsque, nous traînant de sommets en abîmes, Entre deux infinis tu nous tiens suspendus, Que ta voix, pénétrant en leurs fibres intimes, Frappe à cris redoublés sur nos coeurs éperdus, Tu crois que tu n'as plus dans ton ardeur fébrile, Tant déjà tu nous crois ébranlés, abêtis, Qu'à dévoiler la Foi, monstrueuse et stérile, Pour nous voir sur son sein tomber anéantis. À quoi bon le nier ? dans tes sombres peintures, Oui, tout est vrai, Pascal, nous le reconnaissons : Voilà nos désespoirs, nos doutes, nos tortures, Et devant l'Infini ce sont là nos frissons. Mais parce qu'ici-bas par des maux incurables, Jusqu'en nos profondeurs, nous nous sentons atteints, Et que nous succombons, faibles et misérables, Sous le poids accablant d'effroyables destins, Il ne nous resterait, dans l'angoisse où nous sommes, Qu'à courir embrasser cette Croix que tu tiens ? Ah ! nous ne pouvons point nous défendre d'être hommes, Mais nous nous refusons à devenir chrétiens. Quand de son Golgotha, saignant sous l'auréole, Ton Christ viendrait à nous, tendant ses bras sacrés, Et quand il laisserait sa divine parole Tomber pour les guérir en nos coeurs ulcérés ; Quand il ferait jaillir devant notre âme avide Des sources d'espérance et des flots de clarté, Et qu'il nous montrerait dans son beau ciel splendide Nos trônes préparés de toute éternité, Nous nous détournerions du Tentateur céleste Qui nous offre son sang, mais veut notre raison. Pour repousser l'échange inégal et funeste Notre bouche jamais n'aurait assez de Non ! Non à la Croix sinistre et qui fit de son ombre Une nuit où faillit périr l'esprit humain, Qui, devant le Progrès se dressant haute et sombre, Au vrai libérateur a barré le chemin ; Non à cet instrument d'un infâme supplice Où nous voyons, auprès du divin Innocent Et sous les mêmes coups, expirer la justice ; Non à notre salut s'il a coûté du sang ; Puisque l'Amour ne peut nous dérober ce crime, Tout en l'enveloppant d'un voile séducteur, Malgré son dévouement, Non ! même à la Victime, Et Non par-dessus tout au Sacrificateur ! Qu'importe qu'il soit Dieu si son oeuvre est impie ? Quoi ! c'est son propre fils qu'il a crucifié ? Il pouvait pardonner, mais il veut qu'on expie ; Il immole, et cela s'appelle avoir pitié !
Pascal, à ce bourreau, toi, tu disais : " Mon Père. " Son odieux forfait ne t'a point révolté ; Bien plus, tu l'adorais sous le nom de mystère, Tant le problème humain t'avait épouvanté. Lorsque tu te courbais sous la Croix qui t'accable, Tu ne voulais, hélas ! qu'endormir ton tourment, Et ce que tu cherchais dans un dogme implacable, Plus que la vérité, c'était l'apaisement, Car ta Foi n'était pas la certitude encore ; Aurais-tu tant gémi si tu n'avais douté ? Pour avoir reculé devant ce mot : J'ignore, Dans quel gouffre d'erreurs tu t'es précipité ! Nous, nous restons au bord. Aucune perspective, Soit Enfer, soit Néant, ne fait pâlir nos fronts, Et s'il faut accepter ta sombre alternative, Croire ou désespérer, nous désespérerons. Aussi bien, jamais heure à ce point triste et morne Sous le soleil des cieux n'avait encor sonné ; Jamais l'homme, au milieu de l'univers sans borne, Ne s'est senti plus seul et plus abandonné. Déjà son désespoir se transforme en furie ; Il se traîne au combat sur ses genoux sanglants, Et se sachant voué d'avance à la tuerie, Pour s'achever plus vite ouvre ses propres flancs.
Aux applaudissements de la plèbe romaine Quand le cirque jadis se remplissait de sang, Au-dessus des horreurs de la douleur humaine, Le regard découvrait un César tout puissant. Il était là, trônant dans sa grandeur sereine, Tout entier au plaisir de regarder souffrir, Et le gladiateur, en marchant vers l'arène, Savait qui saluer quand il allait mourir. Nous, qui saluerons-nous ? à nos luttes brutales Qui donc préside, armé d'un sinistre pouvoir ? Ah ! seules, si des Lois aveugles et fatales Au carnage éternel nous livraient sans nous voir, D'un geste résigné nous saluerions nos reines. Enfermé dans un cirque impossible à franchir, L'on pourrait néanmoins devant ces souveraines, Tout roseau que l'on est, s'incliner sans fléchir. Oui, mais si c'est un Dieu, maître et tyran suprême, Qui nous contemple ainsi nous entre-déchirer, Ce n'est plus un salut, non ! c'est un anathème Que nous lui lancerons avant que d'expirer. Comment ! ne disposer de la Force infinie Que pour se procurer des spectacles navrants, Imposer le massacre, infliger l'agonie, Ne vouloir sous ses yeux que morts et que mourants ! Devant ce spectateur de nos douleurs extrêmes Notre indignation vaincra toute terreur ; Nous entrecouperons nos râles de blasphèmes, Non sans désir secret d'exciter sa fureur. Qui sait ? nous trouverons peut-être quelque injure Qui l'irrite à ce point que, d'un bras forcené, Il arrache des cieux notre planète obscure, Et brise en mille éclats ce globe infortuné. Notre audace du moins vous sauverait de naître, Vous qui dormez encore au fond de l'avenir, Et nous triompherions d'avoir, en cessant d'être, Avec l'Humanité forcé Dieu d'en finir. Ah ! quelle immense joie après tant de souffrance ! À travers les débris, par-dessus les charniers, Pouvoir enfin jeter ce cri de délivrance : " Plus d'hommes sous le ciel, nous sommes les derniers ! "
(1871)
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 | Sujet: Re: Poèmes de tous genres Jeu 18 Aoû - 22:46 | |
| François Scalion de VIRBLUNEAU (15??-15??) (Recueil : Les loyalles et pudiques amours
Ha ! main qui doucement me déchirez le coeur
Ha ! main qui doucement me déchirez le coeur, Et qui tenez ma main en l'amoureux cordage, Main où nature veut montrer son bel ouvrage, Et où le ciel versa sa bénigne faveur,
Las ! au lieu de ce gant qui reçoit tant d'honneur Que d'embrasser ce qui m'enflamme le courage, Permettez qu'à présent j'aie cet avantage Que d'être le gardien d'une telle valeur.
Si vous aimez le froid, je suis la froideur même, Si vous cherchez le chaud, j'ai un feu si extrême Qu'il enflammerait bien l'air, la terre et les cieux.
Faites donc, je vous prie, que mon désir advienne, Ou si vous refusez, je supplierai les dieux, Ô délicate main, que le gant je devienne !
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 | Sujet: Re: Poèmes de tous genres Jeu 18 Aoû - 22:53 | |
| Zoé FLEURENTIN (1815-1863)
Sur la lyre tissant mes douces mélodies
Sur la lyre tissant mes douces mélodies, Tantôt j'ai fait gronder un hymne à la vertu ; Et tantôt, soupirant, mes lèvres moins hardies Ont tout bas murmuré : " Printemps, que me veux-tu ? "
Restant toujours fidèle à l'essaim de mes rêves, Jamais je n'ai maudit l'extase de l'amour, Ni condamné ceux qui, dans des heures trop brèves, Prononcent des serments qu'ils oublieront un jour.
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 | Sujet: Re: Poèmes de tous genres Sam 20 Aoû - 23:09 | |
| Rosemonde GÉRARD (1871-1933)
L'éternelle chanson
Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille, Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs, Au mois de mai, dans le jardin qui s'ensoleille, Nous irons réchauffer nos vieux membres tremblants. Comme le renouveau mettra nos coeurs en fête, Nous nous croirons encore de jeunes amoureux, Et je te sourirai tout en branlant la tête, Et nous ferons un couple adorable de vieux. Nous nous regarderons, assis sous notre treille, Avec de petits yeux attendris et brillants, Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille, Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs.
Sur notre banc ami, tout verdâtre de mousse, Sur le banc d'autrefois nous reviendrons causer, Nous aurons une joie attendrie et très douce, La phrase finissant toujours par un baiser. Combien de fois jadis j'ai pu dire " Je t'aime " ? Alors avec grand soin nous le recompterons. Nous nous ressouviendrons de mille choses, même De petits riens exquis dont nous radoterons. Un rayon descendra, d'une caresse douce, Parmi nos cheveux blancs, tout rose, se poser, Quand sur notre vieux banc tout verdâtre de mousse, Sur le banc d'autrefois nous reviendrons causer.
Et comme chaque jour je t'aime davantage, Aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain, Qu'importeront alors les rides du visage ? Mon amour se fera plus grave - et serein. Songe que tous les jours des souvenirs s'entassent, Mes souvenirs à moi seront aussi les tiens. Ces communs souvenirs toujours plus nous enlacent Et sans cesse entre nous tissent d'autres liens. C'est vrai, nous serons vieux, très vieux, faiblis par l'âge, Mais plus fort chaque jour je serrerai ta main Car vois-tu chaque jour je t'aime davantage, Aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain.
Et de ce cher amour qui passe comme un rêve, Je veux tout conserver dans le fond de mon coeur, Retenir s'il se peut l'impression trop brève Pour la ressavourer plus tard avec lenteur. J'enfouis tout ce qui vient de lui comme un avare, Thésaurisant avec ardeur pour mes vieux jours ; Je serai riche alors d'une richesse rare J'aurai gardé tout l'or de mes jeunes amours ! Ainsi de ce passé de bonheur qui s'achève, Ma mémoire parfois me rendra la douceur ; Et de ce cher amour qui passe comme un rêve J'aurai tout conservé dans le fond de mon coeur.
Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille, Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs, Au mois de mai, dans le jardin qui s'ensoleille, Nous irons réchauffer nos vieux membres tremblants. Comme le renouveau mettra nos coeurs en fête, Nous nous croirons encore aux jours heureux d'antan, Et je te sourirai tout en branlant la tête Et tu me parleras d'amour en chevrotant. Nous nous regarderons, assis sous notre treille, Avec de petits yeux attendris et brillants, Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs.
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 | Sujet: Re: Poèmes de tous genres Lun 22 Aoû - 8:06 | |
| René-François SULLY PRUDHOMME (1839-1907) (Recueil : Les vaines tendresses
Au bord de l'eau S'asseoir tous deux au bord d'un flot qui passe, Le voir passer ;
Tous deux, s'il glisse un nuage en l'espace, Le voir glisser ;
A l'horizon, s'il fume un toit de chaume, Le voir fumer ;
Aux alentours, si quelque fleur embaume, S'en embaumer ;
Si quelque fruit, où les abeilles goûtent, Tente, y goûter ;
Si quelque oiseau, dans les bois qui l'écoutent, Chante, écouter...
Entendre au pied du saule où l'eau murmure L'eau murmurer ;
Ne pas sentir, tant que ce rêve dure, Le temps durer ;
Mais n'apportant de passion profonde Qu'à s'adorer ;
Sans nul souci des querelles du monde, Les ignorer ;
Et seuls, heureux devant tout ce qui lasse, Sans se lasser,
Sentir l'amour, devant tout ce qui passe, Ne point passer !
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 | Sujet: Re: Poèmes de tous genres Jeu 8 Sep - 12:04 | |
| Invitation de la folie ! ...fable de Jean de la Fontaine La Folie décida d'inviter ses amis pour prendre un café chez elle.
* Tous les invités y allèrent. Après le café la Folie proposa :
- On joue à cache-cache ?
- Cache-cache ? C'est quoi, ça ? demanda la Curiosité.
- Cache-cache est un jeu. Je compte jusqu'à cent et vous vous cachez.
- Quand j'ai fini de compter je cherche, et le premier que je trouve sera le prochain à compter.
* Tous acceptèrent, sauf la Peur et la Paresse.
-1, 2, 3,... la Folie commença à compter.
* L'Empressement se cacha le premier, n'importe où.
* La Timidité, timide comme toujours, se cacha dans une touffe d'arbre.
* La Joie courut au milieu du jardin.
* La Tristesse commença à pleurer, car elle ne trouvait pas d'endroit approprié pour se cacher.
* L'Envie accompagna le Triomphe et se cacha près de lui derrière un rocher.
* La Folie continuait de compter tandis que ses amis se cachaient.
* Le Désespoir était désespéré en voyant que la Folie était déjà à 99.
- CENT ! cria la Folie, je vais commencer à chercher...
* La première à être trouvée fut la Curiosité, car elle n'avait pu s'empêcher de sortir de sa cachette pour voir qui serait le premier découvert.
* En regardant sur le côté, la Folie vit le Doute au-dessus d'une clôture ne sachant pas de quel côté il serait mieux caché.
* Et ainsi de suite, elle découvrit la Joie, la Tristesse, la Timidité...
* Quand ils étaient tous réunis, la Curiosité demanda
- Où est l'Amour ?
* Personne ne l'avait vu.
* La Folie commença à le chercher. Elle chercha au-dessus d'une montagne, dans les rivières au pied des rochers. Mais elle ne trouvait pas l'Amour.
Cherchant de tous côtés, la Folie vit un rosier, pris un bout de bois et commença à chercher parmi les branches, lorsque soudain elle entendit un cri.
* C'était l'Amour, qui criait parce qu'une épine lui avait crevé un oeil.
* La Folie ne savait pas quoi faire. Elle s'excusa, implora l'Amour pour avoir son pardon et alla jusqu'à lui promettre de le suivre pour toujours.
* L'Amour accepta les excuses. * Aujourd'hui, l'Amour est aveugle et la Folie l'accompagne toujours.
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 | Sujet: Re: Poèmes de tous genres Jeu 8 Sep - 12:06 | |
| LES AMITIÉS AU FIL DE LA VIE Les amis entrent dans notre vie pour une raison, une saison ou la vie entière. Si nous arrivons à déterminer, pour chaque rencontre, si nous l’avons faite pour une raison, une saison ou la vie, alors nous saurons comment réagir envers elle.
- La personne qui passe dans notre vie pour une RAISON :
C’est généralement pour combler un besoin que nous exprimons (consciemment ou non).
Elle est là pour nous aider à traverser des difficultés, pour nous fournir des pistes, nous guider ou nous soutenir, pour nous aider physiquement, émotionnellement ou spirituellement.
Cela peut nous sembler une aubaine et c’en est une.
Elle est aussi là parce que nous en avons besoin. Un jour, sans que nous n’y ayons la moindre part de responsabilité, cette relation fera ou dira quelque chose qui brisera le lien! Peut-être agira-t-elle de telle manière que nous ne pourrons continuer de cheminer à ses côtés.
Ce que nous devons réaliser alors, c’est que notre besoin a été comblé, notre désir satisfait, qu’il n’y a plus de raison de cheminer ensemble et qu’il devait être temps de se séparer.
- La personne qui passe dans notre vie pour une SAISON : Parce que notre tour est venu de partager, d’évoluer ou d’apprendre. Elle nous apporte un sentiment de paix, ou nous fait rire. Il se peut qu’elle nous fasse découvrir quelque chose de nouveau, ou nous fasse faire quelque chose dont nous nous sentions incapable.
Celle-là nous apporte généralement une somme immense de joies. Mais ce n’est que pour une saison.
- Ceux qui sont là pour la VIE entière : Ceux-là nous forgent pour la vie, nous aident à construire nos bases émotionnelles. Notre tâche est d’accepter les leçons, d’aimer et de mettre ce que nous avons reçu et appris, dans les autres relations qui émaillent notre vie. On dit que l’amour est aveugle, l’amitié, elle, est clairvoyante. Merci de faire partie de ma vie!
Ce message a pour but de montrer aux gens qu’on les aime et de voir combien ils nous le rendent.
Dans tous les cas : Travaille comme si tu n’avais pas besoin d’argent.
Aime comme si tu n’avais jamais été blessé(e).
Et danse comme si personne ne te regardait.
_________________ La plus grande vérité qu'on puisse apprendre un jour est qu'il suffit d'aimer et de l'être en retour |
|  | | waidenikki Pipelette

Inscrit le : 23 Fév 2005 Messages : 65 Localisation : Belgique
 | Sujet: Re: Poèmes de tous genres Jeu 8 Sep - 20:27 | |
| Merci pour cette superbe fable de Jean de la Fontaine ! Je ne la connaissais pas et elle est splendide ! Bises,
Mich |
|  | | waidenikki Pipelette

Inscrit le : 23 Fév 2005 Messages : 65 Localisation : Belgique
 | Sujet: Re: Poèmes de tous genres Dim 13 Nov - 23:07 | |
| Jour porte chance…
Un an et sept mois Sur un tchat croisées Deux astres téléscopés Et depuis j’ai faim de toi.
Dix neuf mois Tendre complicité Bonheur décuplé Le haut du cœur est en bas. 
Cinq cent septante jours Te murmurer « mon amour » Et autant de rêves la nuit Mon ange, mon paradis.
Treize mille six cent quatre vingt heures Prolonger ce bonheur Trop vite écoulé à tes côtés Le prolonger en moments d’éternité.
Houit cent vingt mille houit cent minutes J’entends ton cœur, il bute Et le champagne dans sa flûte Crépite et fait la turlute. |
|  | | waidenikki Pipelette

Inscrit le : 23 Fév 2005 Messages : 65 Localisation : Belgique
 | Sujet: Re: Poèmes de tous genres Dim 20 Nov - 20:57 | |
| Diddlina
Diddlina arriva Dans mon chez moi à grand fracas Drôle et coquine De ses yeux malicieux Inonda ma maison tranquille.
Dis-moi petite espiègle De quel monde viens-tu ? Limaçons et herbes folles peuplent-ils ta planète ? Immenses tendresse et sentiments mis à nus Ne me quittent et ne te quittent Arf Diddlina mon cœur, ma vie Papillon blanc où voles-tu ?
Dans tes trois cheveux en pétard Trône un beau nœud couleur nectar Jaune à pois orangés Et ton petit nez retroussé.
Sur un toit Diddlina Aux pieds et pommettes roses Culotte à pois Se dit un jour : « j’ose ? »
De ses grandes meringues de pieds Doux air naïf un peu dingue Elle galope et bourlingue Retrouver et chérir sa bien aimée.
Jour d’un baiser, Deux vies basculent Les Diddlinas enlacées Rient et déambulent.
Heureuses comme jamais Dans les rues de la vie Tendrement mains unies Leur coeur ne fait qu'un désormais.  |
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